Défavorisation

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Près de 84 % des élèves québécois du primaire qui vivent dans les pires conditions de défavorisation habitent à Montréal.

Un enjeu de taille | La situation à Montréal | L’incidence de la défavorisation | Un enjeu de génération en génération | Des pistes d’action

Les données socioéconomiques constituent un outil primordial pour guider les travaux de Réseau réussite Montréal dans les quartiers ciblés. Sachant ainsi à quel point les indicateurs de la défavorisation sont essentiels à l’action en persévérance scolaire, RRM présente ici un portrait explicatif de la situation, réalisé grâce à l’expertise de partenaires montréalais.

 

La défavorisation, un enjeu de taille

Parmi tous les enjeux montréalais, la défavorisation est considérée comme le plus préoccupant en raison de son ampleur et de son incidence sur la persévérance scolaire des jeunes.

La défavorisation se définit par un état de désavantage social ou matériel d’un individu ou d’un groupe. Cette condition se traduit principalement par :

  • Un revenu moins élevé
  • Un niveau de scolarité plus faible
  • Un accès limité au marché du travail
  • Un réseau social plus fragile

 

La situation à Montréal

Montréal désavantagée

L’Enquête nationale auprès des ménages de 2011 permet de constater que, parmi les 3 plus grandes régions métropolitaines de recensement canadiennes, Montréal compte la plus forte proportion de quartiers défavorisés :

  • Des 478 quartiers à faible revenu au Canada, 35,8 % sont à Montréal (comparativement à 15,7 % à Toronto et 7,1 % à Vancouver).

Plusieurs familles démunies

Le recensement de Statistique Canada montre qu’en 2006, Montréal compte 24 % de familles avec enfants de moins de 18 ans qui vivent sous le seuil de faible revenu après impôt, contre 8 % pour l’ensemble des familles dans le reste du Québec.

Au total, ce sont près de 84 % des élèves québécois de niveau primaire vivant sous le seuil de faible revenu et dans les pires conditions de défavorisation qui habitent à Montréal, selon les calculs du ministère de l’Éducation, de l’Enseignement supérieur et de la Recherche en 2008.

Le Comité de gestion de la taxe scolaire de l’île de Montréal indique également que la proportion de familles les plus défavorisées pour ce qui est du revenu demeure plus élevée à Montréal que dans l’ensemble du Québec. Il importe aussi de noter que l’écart s’est creusé au cours des dernières années :

  • En 2009, Montréal enregistrait un pourcentage représentant 35 % de plus que celui de la province, alors que, en 2012, c’était de 42 % de plus.

Pourcentage de familles recevant le montant maximal – rentes du QuébecSource : Comité de gestion de la taxe scolaire de l’île de Montréal, Guide d’accompagnement de la carte de la défavorisation des familles avec enfants de moins de 18 ans de l’île de Montréal, 2013. 

Concentration géographique de la défavorisation

Les familles de plusieurs quartiers de l’île de Montréal vivent dans des conditions de défavorisation socioéconomique élevée. Sur un total de 481 zones, on compte :

  • 55 zones de concentration importante de défavorisation
  • 99 zones de concentration modérée
  • 100 zones de présence importante de défavorisation

Chacune de ces zones comprend en moyenne 459 familles avec enfants de moins de 18 ans.

Carte de la défavorisation des familles avec enfants de moins de 18 ans de l'île de MontréalSource : Comité de gestion de la taxe scolaire de l’île de Montréal, Carte de la défavorisation des familles avec enfants de moins de 18 ans de l’île de Montréal, 2013

Les quartiers situés dans les zones où la concentration de défavorisation va de modérée à importante incluent Parc-Extension, Saint-Michel, Montréal-Est, Sainte-Geneviève, Montréal-Nord, Pointe-Saint-Charles, Hochelaga-Maisonneuve et Saint-Henri.

Sur le plan scolaire, cette concentration géographique de la défavorisation se traduit par une concentration d’élèves défavorisés au sein de certaines écoles.

 

Incidence de la défavorisation sur la persévérance et la réussite scolaires

Plusieurs études démontrent que les jeunes vivant en milieu défavorisé sont vulnérables sur plusieurs plans et qu’ils peuvent présenter :

Un plus grand risque d’abandonner leurs études

Les jeunes vivant en contexte de défavorisation présentent plus de risques d’avoir des difficultés à l’école. Plusieurs études ont établi que les jeunes décrocheurs sont jusqu’à deux fois plus nombreux dans les quartiers défavorisés.

Taux de non-diplomation à l’âge de 17 ans selon le niveau de défavorisation de la zone de résidenceSource : Comité de gestion de la taxe scolaire de l’île de Montréal, Guide d’accompagnement de la carte de la défavorisation des familles avec enfants de moins de 18 ans de l’île de Montréal, 2013. 

Un plus grand risque de vulnérabilité

Les résultats de l’EQDEM (Enquête québécoise sur le développement des enfants à la maternelle) ont démontré que les enfants vivant en milieu défavorisé sont plus nombreux à présenter des vulnérabilités dans au moins un domaine de développement. Ainsi, ils entrent généralement à l’école avec des acquis moindres.

Il importe de souligner que ces enfants ne sont pas prédestinés à l’échec, mais qu’ils sont moins outillés à réaliser certains apprentissages et à profiter de ce que l’école peut offrir. Une école montréalaise pour tous souligne toutefois que la vulnérabilité est ici évaluée selon les attentes du milieu scolaire, c’est-à-dire que le bagage d’expériences des élèves dits vulnérables diffère de celui attendu par l’école.

Graphique à venir: Proportion d’enfants de maternelle vulnérables par domaine de développement selon le degré de défavorisation matérielle, Montréal, 2012.

Une estime de soi plus faible et des aspirations moins élevées

D’autres études soulignent que les jeunes issus de milieux défavorisés se croient moins aptes à réussir ou pensent ne pas pouvoir agir sur les conditions qui influent sur leur réussite.

Un plus grand risque d’éprouver des difficultés d’adaptation ou d’apprentissage

Les élèves issus de milieux défavorisés sont plus exposés au risque de développer des retards de langage, de l’hyperactivité, des difficultés d’apprentissage, des retards scolaires et des troubles de comportement, ce qui augmente significativement le risque de décrocher.

 

Un enjeu de génération en génération

Le cycle des inégalités

Dans les milieux de vie comportant une forte présence de pauvreté, le désavantage social et matériel peut devenir un véritable cercle vicieux qui maintient les individus dans une situation d’impuissance et qui les prive de leur pleine participation à titre de citoyens.

Par leurs actions, les acteurs de la communauté peuvent contribuer à atténuer les effets de la défavorisation pour briser le cycle des inégalités.

Scolarité de la mère et monoparentalité féminine

Il importe de souligner que deux des indicateurs qui servent à calculer le niveau de défavorisation sont également deux déterminants majeurs de la réussite scolaire des enfants : la scolarité de la mère et la monoparentalité féminine.

Scolarité de la mère :

  • Les études soulignent que le niveau de scolarité de la mère a une incidence prédominante sur :
    • Le développement de l’enfant
    • Le rendement scolaire de l’élève
    • L’obtention d’un premier diplôme
  • 11 % des mères de famille montréalaises avec enfant de moins de 18 ans sont sans diplôme ni qualification, ce qui est comparable à la moyenne québécoise (10,6 %).
  • 37,8 % des mères de famille montréalaises avec enfant de moins de 18 ans sont sans diplôme postsecondaire, ce qui est inférieur à l’ensemble du Québec (43,2 %).

Monoparentalité féminine :

  • Cet indicateur correspond au pourcentage de familles monoparentales dont le chef est une femme, et ce, parmi l’ensemble des familles avec enfants de moins de 18 ans.
  • Parmi les facteurs de cette structure familiale qui peuvent exercer une influence sur la persévérance scolaire des jeunes, notons :
    • Le faible revenu
    • Le stress associé à la rupture de la famille
    • Le manque de disponibilité de la mère, qui doit consacrer plus de temps au travail
  • À Montréal, le pourcentage de monoparentalité féminine a progressivement diminué, passant de 24,2 % en 2001 à 22,2 % en 2011.
  • Néanmoins, le taux montréalais demeure supérieur à la moyenne québécoise (18,7 %).

 

Pistes d’action

Miser sur l’éducation

À la lumière des recherches et des statistiques présentées, il importe de préciser que chaque enfant ne porte pas en lui les caractéristiques de la défavorisation et que cette dernière ne voue pas à l’échec.

Chaque élève issu d’un milieu défavorisé a des besoins particuliers, ce qui demande l’adoption par les écoles et les milieux de moyens adaptés en réponse à ces besoins.

En atténuant les effets de la défavorisation, la scolarisation permet de réduire les écarts sociaux et scolaires. Il importe donc de mobiliser toute la communauté autour de l’école pour briser le cycle des inégalités.

Autres pistes d’action

Les fiches produites par Réunir Réussir sur le quartier de résidence et voisinage ainsi que sur les ressources du milieu proposent également des pistes d’action pour diminuer les effets de la défavorisation.

Plusieurs organismes et programmes experts de la question produisent des outils et de la documentation pouvant guider l’action au regard de la défavorisation :

Documentation

Quelques données essentielles en persévérance scolaire

  • 78,1 %

    des élèves montréalais obtiennent un premier diplôme.

    Une amélioration de 10,4 % depuis 2009.

  • 18,1 %

    des jeunes montréalais décrochent avant d’avoir obtenu un premier diplôme.

    Une amélioration de 6,5 % depuis 2009.

  • 25 %

    des décrocheurs québécois sont à Montréal.

    Cela représente 2 164 jeunes montréalais qui ont quitté l’école sans diplôme en 2014.

  • 28,9 %

    des enfants de la maternelle à Montréal sont vulnérables dans au moins un domaine de développement.

    Il s’agit d’une proportion supérieure à la moyenne québécoise de 25,6 %.

  • Près de
    84%

    des élèves québécois du primaire qui vivent dans les pires conditions de défavorisation habitent à Montréal.

    En moyenne, 25 245 familles montréalaises avec enfant de moins de 18 ans habitent une zone de défavorisation importante.

Cible ministérielle de diplomation pour 2020

77 %

Cible pour la région de Montréal, avant l’âge de 20 ans