Égalité filles-garçons et persévérance scolaire

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Les élèves qui adhèrent le plus aux stéréotypes sexuels sont ceux qui décrochent le plus.

Par conséquent, les chances de réussite scolaire s’améliorent quand on diminue les références aux stéréotypes sexuels chez les jeunes.

La socialisation sexuée | La socialisation sexuée et l’école | La persévérance scolaire des filles et des garçons | Le décrochage des filles : des facteurs peu visiblesdes conséquences lourdes | La situation à Montréal | Pistes d’action | Vrai ou faux ?


Le saviez-vous ?

  • Nous avons toutes et tous des attitudes et des attentes différentes (bien souvent inconscientes) vis-à-vis des enfants selon leur sexe.
  • Cette socialisation différente renforce les stéréotypes sexuels chez les enfants qui les intériorisent.
  • Les garçons et les filles qui adhèrent le plus à ces stéréotypes sont ceux qui décrochent le plus.

 

La socialisation sexuée : la formation des stéréotypes sexuels

Un stéréotype sexuel est l’attribution de rôles, de comportements ou de caractéristiques à des personnes en fonction de leur sexe, sans égard à leur individualité.

Pendant l’enfance, les valeurs, normes, codes symboliques et conduites, véhiculés par l’entourage et l’environnement, sont appris et intériorisés.

La socialisation ne passe pas seulement par les interactions (avec les adultes et les pairs), mais aussi par l’environnement différencié offert aux filles et aux garçons (ex.: vêtements, jouets, films, livres, etc.).

Cette socialisation différente (interaction, environnement) conduit à des rapports sociaux inégaux entre les hommes et les femmes.

 

La socialisation sexuée et l’école

La persévérance scolaire, ainsi que les parcours de décrochage et de raccrochage scolaires, sont influencés par la socialisation sexuée.

Les filles et les garçons voient et « vivent » l’école différemment en raison d’une socialisation qui n’est pas la même.

Chez les garçons

Les normes sociales amènent les garçons à être moins engagés à l’école. Il est en effet moins socialement acceptable de montrer un intérêt pour le travail scolaire chez les garçons. Certains garçons opposent fortement l’école et leur vie en dehors de l’école.

Chez les filles

Les filles opposent moins leur univers juvénile (univers sociaux et culturels des jeunes) et l’école que les garçons.

 

Pourquoi se préoccuper à la fois des filles et des garçons quand on travaille sur la persévérance scolaire ?

L’échec scolaire des garçons est souvent opposé à la réussite des filles. Cependant, en parlant uniquement de l’échec des garçons, on oublie les garçons qui réussissent mais aussi les filles qui échouent.

En effet, des filles sont aussi touchées par le phénomène de décrochage scolaire. De plus, là où le taux de décrochage est élevé chez les garçons, il est aussi élevé chez les filles.

La prise en compte des réalités sociales des filles et des garçons permet de mieux comprendre le phénomène pour adapter les interventions.

 

Le décrochage scolaire des filles : des facteurs peu visibles

En plus d’avoir des difficultés scolaires, les filles qui décrochent seraient davantage touchées que les garçons par les facteurs psychologiques ou les problèmes familiaux :

  • Estime de soi
  • Anxiété, dépression
  • Problèmes familiaux
  • Manque de soutien parental
  • Grossesse
  • Violence et inceste
  • Victimisation par les pairs
  • Etc.

Ces facteurs personnels sont souvent peu visibles à l’école et, par conséquent, les mesures de prévention du décrochage scolaire en tiennent peu compte.

Qui plus est, le décrochage scolaire des filles est peu documenté, ce qui contribue à masquer le phénomène, le rendant encore plus invisible socialement.

La socialisation sexuée et les motifs de décrochage

Au Québec :

  • La fragilité des dimensions relationnelles comme l’adversité familiale (difficultés relationnelles au sein de la famille) est un facteur important dans le décrochage des filles.
  • Le manque de soutien en général est évoqué par les filles comme un facteur de décrochage. Beaucoup de décrocheuses ont le sentiment « d’avoir été laissées à elles-mêmes, voire abandonnées ».

Au Canada :

  • Deux fois plus de jeunes hommes que de jeunes femmes ont déclaré avoir décroché par désir ou besoin de travailler.
  • Quatre fois plus de jeunes femmes que de jeunes hommes ont déclaré avoir quitté l’école pour des raisons personnelles (prendre soin d’un enfant ou se préparer à en prendre soin, régler des problèmes de santé ou des problèmes à la maison).

Raisons d’avoir quitté l’école évoquées par les décrocheurs canadiens, 2002 :

table_motif_decrochage_petitSource : RAYMOND, Mélanie, Décrocheurs du secondaire retournant à l’école, Division de la culture, tourisme et centre de la statistique de l’éducation, Ottawa, Gouvernement du Canada, 2008. Données  de l’Enquête auprès des jeunes en transition, Statistique Canada.

Le processus de raccrochage scolaire

Certains obstacles au raccrochage scolaire concernent surtout les femmes :

  • Les difficultés liées à la conciliation études-famille, les responsabilités familiales incombant encore davantage aux femmes
  • La précarité financière, celle-ci touchant davantage les femmes

 

Décrochage scolaire des filles : des conséquences lourdes

Le décrochage des filles a de graves conséquences économiques et sociales, tant pour les jeunes femmes touchées que pour l’ensemble de la société.

Les décrocheuses sont plus désavantagées

Les filles qui décrochent sont plus désavantagées que les garçons dans leurs parcours socio-économiques. Elles connaissent plus fortement la précarité et la pauvreté.

  • Moyenne de la rémunération annuelle des individus sans diplôme d’études secondaires (en 2014, au Québec) :
    • Femmes : 21 845 $
    • Hommes : 34 585 $
  • En 2012, au Québec, 41,2 % des femmes qui n’ont pas terminé leurs études secondaires touchent un revenu d’emploi inférieur à 20 000 $, alors qu’elles travaillent à temps plein toute l’année (c’est le cas de 24,9 % des hommes).

La scolarité de la mère a une incidence directe sur le parcours scolaire des enfants

La défavorisation socioéconomique est un des principaux facteurs de risque de décrochage et elle est en partie liée à la sous-scolarisation des mères.

Les élèves qui ont une mère non diplômée sont plus à risque de décrocher que les autres.

Ainsi, la faible scolarité de la mère risque de perpétuer, de génération en génération, l’enjeu de la pauvreté et de faible scolarité.

 

La situation à Montréal

Les jeunes montréalaises ont tendance à décrocher davantage que les filles ailleurs au Québec (20,6 % comparativement à 15,5 % en 2008-2009).

Les écarts entre Montréal et le reste du Québec en termes de décrochage sont plus grands et plus persistants chez les filles que chez les garçons.

À l’échelle des écoles montréalaises, le taux de décrochage des filles est parfois supérieur à celui des garçons.

  • En 2013-2014, parmi les 51 plus grandes écoles à Montréal , le taux de décrochage des filles est supérieur à celui des garçons dans 13 écoles.
  • À titre d’exemple, en 2012-2013…
    • À l’école secondaire Monseigneur-Richard, 27,4 % des élèves qui décrochent sont des filles et 21 % sont des garçons.
    • À l’école secondaire Lucien-Pagé, 50,6 % des filles décrochent comparativement à 48 % des garçons.

 

Pistes d’action

Analyse différenciée selon les sexes

L’analyse différenciée selon les sexes (ADS) est un processus qui permet de cerner les effets chez les femmes et les hommes que pourrait avoir une initiative en raison des réalités et besoins différents de ces dernières et ces derniers.

L’ADS s’effectue au cours de l’élaboration de l’initiative, dans sa mise en œuvre, son suivi et son évaluation.

L’ADS est une approche qui permet de réfléchir aux effets de projets ou de politiques sur la situation réelle des personnes et de trouver des solutions concrètes pour réduire les inégalités.

Le projet Persévérer dans l’égalité !

Le projet Persévérer dans l’égalité ! dresse un état des lieux des savoirs et propose la mise en œuvre de planifications, de pratiques d’intervention et d’actions prenant en compte l’égalité entre les filles et les garçons.

Les objectifs du projet :

  • Prévenir la formation et l’intériorisation des stéréotypes sexuels
  • Valoriser la réussite éducative des filles et des garçons en utilisant une approche adaptée à leurs réalités sociales
  • Faire la promotion de rapports égalitaires
  • Cibler les milieux défavorisés où les parents sont moins scolarisés et les jeunes, filles et garçons, ont des taux de décrochage scolaire élevés

Ce projet concerté et transférable a pour principal outil le guide Persévérer dans l’égalité !, qui est destiné :

  • Aux personnes chargées de planifier des projets
  • Aux intervenantes et intervenants communautaires et scolaires
  • Aux partenaires régionaux et locaux en persévérance scolaire

 

Vrai ou faux ?

Au Québec, de façon générale, les filles et les garçons sont éduqués de la même manière.

Réponse : Faux

Les recherches montrent que, au Québec et ailleurs dans le monde, les filles et les garçons sont généralement éduqués différemment. Les adultes ont tendance, bien souvent de manière inconsciente, à encourager davantage les comportements perçus comme masculins chez les garçons et ceux perçus comme féminins chez les filles.

 

Il y a un intérêt naturel des garçons pour certains jeux et un intérêt naturel des filles pour d’autres jeux.

Réponse : Faux

Généralement, les enfants grandissent en adoptant un comportement différencié suivant leur sexe. Cependant, ces comportements différents n’ont pas pour origine « la nature », mais la socialisation.

 

En tant qu’intervenante ou intervenant : il faut agir et réagir différemment avec les filles et les garçons.

Réponse : Tout dépend pourquoi l’on agirait différemment…

  • Si l’on pense qu’il faut agir différemment parce que les filles et les garçons seraient de nature différente, on risque de renforcer les stéréotypes sexuels et donc, à long terme, les inégalités.
  • Au contraire, l’on peut agir différemment avec un objectif d’égalité entre les filles et les garçons. Dans ce cas, on considère que, étant donné la socialisation différente des filles et des garçons, ceux-ci ne partent pas du même point et agir différemment peut être nécessaire pour que les objectifs d’un projet ou d’une activité soient atteints à la fois pour les filles et les garçons. Dans ce cas, agir différemment a pour objectif d’atteindre l’égalité en prenant en compte les réalités et besoins différents des filles et des garçons.

 

Le décrochage scolaire des garçons est, entre autres, causé par le manque d’enseignants de sexe masculin.

Réponse : Faux

Il n’existe en effet aucune preuve de l’influence bénéfique d’une répartition plus équilibrée des sexes parmi le personnel enseignant sur les performances des élèves.

 

Documentation

Partenaires

  • Secrétariat à la condition féminine
  • Réseau réussite Montréal
  • Complice – Persévérance scolaire Gaspésie-Les Îles
  • Table de Concertation des groupes de femmes de la Gaspésie et des Îles-de-la-Madeleine

Le projet Persévérer dans l’égalité ! est financé par le Secrétariat à la condition féminine et porté par Réseau réussite Montréal ainsi que Complice – Persévérance scolaire Gaspésie-Les Îles, en partenariat avec la Table de Concertation des groupes de femmes de la Gaspésie et des Îles-de-la-Madeleine.