La résilience linguistique et la réussite éducative

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Renforcer la confiance à s’exprimer en français et le sentiment d’appartenance à la société québécoise. 

 

Publication : 19 mai 2026 

 

Un enjeu en émergence à Réseau réussite Montréal 

Conscient de l’importance des compétences linguistiques tout au long du parcours des jeunes, Réseau réussite Montréal porte un intérêt croissant à la résilience linguistique en tant que facteur de protection de la réussite éducative.  

Cet article se veut ainsi un point de départ et sera enrichi par de nouveaux contenus au fil du temps. 

Un regard centré sur les jeunes anglophones 

L’enjeu est prioritairement examiné à partir de la situation des jeunes anglophones montréalais en français langue seconde, qui sont confrontés à un contexte particulier au Québec en tant que groupe linguistique officiel minoritaire. Pour ces jeunes, l’insécurité linguistique peut constituer un frein à leur engagement, à la poursuite de leurs études en français, à leur emploi au Québec et à leur participation à la société québécoise.  

Toutefois, plusieurs personnes peuvent éprouver de l’insécurité linguistique, autant dans leur langue maternelle que dans une autre langue, et cet article peut ainsi être utile pour mieux comprendre ces différentes réalités. 

L’insécurité linguistique… de quoi parle-t-on ? 

L’insécurité linguistique réfère à l’évaluation négative qu’une personne porte sur sa façon de s’exprimer, à l’oral comme à l’écrit, en raison de son accent, de sa langue maternelle ou de ses usages linguistiques. Elle se manifeste par un sentiment de malaise, d’anxiété ou de crainte, pouvant limiter, voire entraver, l’usage d’une langue.  

Il importe de souligner que l’insécurité linguistique n’est pas nécessairement une question de compétence. Les élèves peuvent éprouver de l’insécurité linguistique même lorsqu’il s’agit de leur langue maternelle ou lorsqu’ils obtiennent de bons résultats dans leur langue seconde. 

Par exemple, l’insécurité linguistique peut survenir lorsque la personne : 

  • A l’impression que sa façon de s’exprimer n’est pas conforme à la norme 
  • Fait l’objet de moqueries pour son accent ou sa façon de s’exprimer 
  • Est confrontée à des commentaires péjoratifs ou à d’autres formes de discriminations en raison de sa langue ou de son accent 
  • Est fréquemment surveillée ou corrigée lorsqu’elle parle 
  • A l’impression que son interlocuteur·trice doute de ses capacités linguistiques (ex. : l’interlocuteur·trice passe à l’anglais en présumant que la personne a une maitrise limitée du français) 

Ainsi, l’insécurité linguistique comporte une dimension tout autant sociale qu’individuelle.  

Un enjeu qui reflète des rapports de pouvoir inégaux entre groupes sociaux 

Au-delà des perceptions individuelles, l’insécurité linguistique s’inscrit également dans des dynamiques de pouvoir entre groupes linguistiques, où certaines façons de parler sont davantage valorisées que d’autres. Dans ce contexte, les personnes appartenant à un groupe linguistique minoritaire peuvent craindre que leur accent ou leur manière de s’exprimer révèle une identité perçue comme moins légitime dans la société.

⚠️  L’accent est le facteur le plus souvent rapporté

L’accent est un facteur important du sentiment d’insécurité linguistique, puisqu’il est associé à l’appartenance à un groupe et qu’il est socialement hiérarchisé. En ce sens, certains accents sont perçus comme plus proches de la norme et sont ainsi davantage valorisés, ce qui peut amener certaines personnes à déprécier leur façon de s’exprimer.

 

Les effets de l’insécurité linguistique 

Parmi les effets possibles de l’insécurité linguistique, signalons : 

  • Un sentiment de honte ou d’infériorité 
  • Une estime de soi plus faible 
  • Un évitement des situations de communication, comme avoir une réticence à prendre la parole ou s’absenter pour éviter d’avoir à le faire 
  • Un isolement social et un faible sentiment d’appartenance 
  • Une diminution des compétences linguistiques lorsque celles-ci sont moins sollicitées 
  • Une diminution de la capacité à fonctionner efficacement en société 

Ultimement, l’insécurité linguistique peut avoir une incidence majeure sur le parcours des jeunes, pouvant les mener à remettre en question la poursuite de leurs études. 

La résilience linguistique : un facteur de protection 

La résilience linguistique permet de réduire les effets de l’insécurité linguistique. Elle désigne la capacité d’une personne à s’adapter à des situations stressantes exigeant l’usage de sa langue maternelle ou d’une langue seconde, à surmonter les difficultés et à rebondir face aux obstacles. 

La résilience linguistique peut notamment être favorisée par : 

  • La valorisation de la diversité linguistique et culturelle  
  •  La déconstruction des idéologies véhiculées sur les langues ou la façon de s’exprimer 
  • La création d’espaces sécuritaires qui mobilisent l’ensemble du bagage linguistique des élèves, et où les erreurs ne sont pas constamment corrigées devant les autres 
  • Le développement de la confiance et de la conscience de soi 
  • Le renforcement de la capacité d’autorégulation 
  • Le développement de la capacité à utiliser ses forces et ses ressources pour surmonter des défis 
  • La création d’environnements favorables à la prise de risques 

 

Projet Le français au présent et au futur 

Dans le but de favoriser la résilience linguistique des jeunes anglophones montréalais, RRM et ses partenaires* collaborent à des travaux visant à renforcer le niveau de confiance de ces jeunes à communiquer en français. 

*Les partenaires du projet : 

  • Commission scolaire English-Montréal 
  • Commission scolaire Lester-B.-Pearson 
  • Learn Québec 
  • PERT ― Provincial employment round table 
  • Chambre de commerce du Montréal métropolitain 
  • Carrefour jeunesse-emploi Marquette (Lachine et l’ouest de l’île) 
  • Carrefour jeunesse-emploi NDG (Notre-Dame-de-Grâce) 
  • Y4Y ― Youth for youth 

 


Pour davantage d’information sur la résilience linguistique et ce dossier à RRM, communiquez avec :

Brigid Glustein, agente de liaison et de développement
(514) 816-0736


 

Bibliographie 

 

Bouchard, M.-E. (2024). A youth perspective on the challenges related to fostering linguistic security in the classroom: New insights from the English-dominant context of British Columbia. Canadian Journal of Applied Linguistics, 27(3), 102-119. 

 Commissariat aux langues officielles. (2021). Mieux comprendre l’insécurité linguistiquehttps://www.clo-ocol.gc.ca/fr/outils-ressources/infographies/infographie-mieux-comprendre-linsecurite-linguistique 

Dumont, L. (2024). Impact du sentiment d’insécurité linguistique sur les apprenants en contexte postsecondaire canadien : Les causes, les manifestations et les conséquences sur l’identification linguistique et sur la réussite éducative et scolaire (Rapport de maitrise). Université d’Ottawa. 

École de la fonction publique du Canada. (s. d.). De l’insécurité à la résilience linguistique. Gouvernement du Canada. https://www.csps-efpc.gc.ca/tools/jobaids/linguistic-insecurity-fra.aspx 

Fédération de la jeunesse canadienne-française. (2020). Stratégie nationale pour la sécurité linguistique. 

Levasseur, C., Bouchard, M.-E., & Ntiranyibagira, C. (2023). Introduction: From linguistic insecurity to security: Complexity and diversity of contexts. OLBI Journal, 13, 17-30. https://doi.org/10.18192/olbij.v13i1.7063 

Payant, C., Beaulieu, S., & Bejarano Ruiz, J. (2023). Vivre l’insécurité linguistique : Une réalité en contexte éducatif. Dans Rencontres EDUCERE. Faculté des sciences de l’Université du Québec à Montréal. https://www.ctreq.qc.ca/ressources/linsecurite-linguistique-en-contexte-educatif/