Des mots qui résonnent pour toute une école et sa communauté

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Les jeunes apprennent à mieux communiquer, ils développent leur pensée critique, ils trouvent leur voix et ils améliorent leur littératie.

Le projet W.O.R.D. à l’école secondaire James Lyng de Montréal

Des mots qui sonnent et qui résonnent pour toute une école et sa communauté

En 2006, le ministère de l’Éducation du Québec créait les Community Learning Centers (CLC), en vue d’aider les écoles anglophones à établir des partenariats dans leurs communautés afin de soutenir le succès des élèves et de contribuer à la vitalité de ces communautés.

Ainsi, dans les écoles soutenues par le CLC, un agent de développement communautaire travaille en étroite collaboration avec le directeur et le personnel de l’école pour établir des partenariats mutuellement bénéfiques avec les organisations communautaires, les municipalités, les entreprises locales, les familles et les membres de la communauté. En 2006, l’école secondaire James Lyng, dans l’arrondissement du Sud-Ouest de Montréal, a été l’une des premières écoles — il y en a 80 aujourd’hui! — à bénéficier des services d’un CLC. Et c’est avec le soutien de ce CLC que, en 2008, l’école s’associait au programme W.O.R.D., Writing Our Rhymes Down (« Écrire nos rimes »), créé par Lynn Worrell.

Mikaella Goldsmith et Lynn Worrell
(Crédit photo : François Couture)

« Il y a dix ans, je trouvais que le système d’éducation valorisait seulement certaines façons d’apprendre et certains types de savoirs, et je me rendais compte que les jeunes ressentaient du stress dans ce genre d’environnement. Or, il est plus difficile de bien assimiler les matières dans ces conditions. C’est cette réflexion qui m’a amenée à créer le programme W.O.R.D. », raconte madame Worrell.

Trouver sa voix

Les jeunes participant au programme W.O.R.D. écrivent des textes et composent de la musique hip-hop; ce faisant, ils apprennent notamment à mieux communiquer, ils développent leur pensée critique, ils trouvent leur voix et ils améliorent leur littératie — c’est-à-dire l’aptitude à comprendre et à utiliser de l’information écrite dans la vie de tous les jours.

« On a même vu un prof de science qui a fait écrire des vers à ses élèves pour qu’ils mémorisent plus facilement un bout de matière! C’est génial! »

Comme l’explique Mikaella Goldsmith, agente de développement communautaire du CLC à l’école James Lyng, la collaboration avec W.O.R.D. est féconde à plusieurs égards : « D’abord, en plus d’améliorer leur littératie, W.O.R.D. favorise l’engagement des élèves dans la vie de l’école, à travers la création et les activités parascolaires. Ensuite, en permettant aux jeunes de développer des liens forts avec des adultes mentors qui croient en eux, le programme fait que ceux-ci se sentent plus confiants et ont envie de faire entendre leur voix, d’abord à l’école, mais aussi dans d’autres sphères de leur vie. En outre, grâce à une collaboration avec Lynn, W.O.R.D. a pu évoluer et ce sont désormais tous les élèves de l’école qui y ont accès, de près ou de loin, car il fait maintenant partie des outils pédagogiques des professeurs. Cela allait peut-être de soi pour les cours de musique et de langue, mais on a même vu un prof de science qui a fait écrire des vers à ses élèves pour qu’ils mémorisent plus facilement un bout de matière! C’est génial! Enfin, en 2013, la direction a décidé d’inculquer une vocation Arts urbains à toute l’école et W.O.R.D. a été l’un des premiers, sinon le premier programme qui nous a permis d’aller dans ce sens-là. On peut donc dire que W.O.R.D. est profondément ancré ici, qu’il fait partie de l’ADN de notre école. »

Une chance qu’on s’a

Si W.O.R.D.a rendu de fiers services à Mikaella Goldsmith et aux élèves de l’école James Lyng, l’inverse est tout aussi vrai, comme le souligne Lynn Worrell : « C’est grâce à Mikaella et au CLC que nous sommes encore là après dix ans! Tu peux avoir un super programme comme WORD, mais si tu ne sais pas à qui en parler dans le système d’éducation ou dans une école pour en faire la promotion, il est fort probable que tu n’arrives pas à le mettre en œuvre avec succès. Le CLC est un facilitateur : il nous dirige vers les bonnes oreilles. Il a vu la valeur de notre travail au cours de la dernière décennie, il a bâti avec nous une solide relation, voire il nous défend lorsqu’on en a besoin. »

Les liens de loyauté et de confiance qui unissent l’école et le projet W.O.R.D., à travers l’évidente complicité de Lynn Worrell et de Mickaella Goldsmith, ont été très utiles ces dernières années.

D’abord, ensemble, elles ont convaincu le Département d’éducation de l’Université McGill de faire une demande de subvention pour un programme de recherche (subvention qu’elles ont obtenue!), ce qui leur a permis de financer en partie un magnifique studio d’enregistrement pour les artistes en herbe du projet W.O.R.D..

Ensuite, elles ont collaboré pour assurer une transition en douceur au sein d’éléments clés du projet. En effet, alors que, récemment, les formateurs qui étaient là depuis les tout débuts, il y a dix ans, ont pris leur retraite et ont dû être remplacés, transition qui aurait pu être catastrophique pour les élèves et pour le programme, elles ont effectué les nouvelles embauches en totale symbiose.

« Je suis très mère poule lorsqu’il est question de mes kids ici, avoue madame Goldsmith. Si Lynn avait engagé des formateurs sans m’en parler, ceux-ci auraient pu déplaire aux jeunes, être incapables de comprendre leurs réalités, et ça aurait pu mettre en péril le programme; mais comme je peux parler ouvertement et honnêtement à Lynn, et que celle-ci accorde de la valeur à mes opinions, nous avons pu prendre des décisions éclairées pour le bien de tous. »

Au final, ce sont les jeunes qui profitent le plus de cette complicité! On les envie réellement de pouvoir apprendre à écrire des textes de chansons avec des artistes mentors, à créer des rythmes, à rapper, à enregistrer leurs œuvres dans un studio à la fine pointe de la technologie, à graver celles-ci sur un mixtape annuel distribué dans l’école, à tourner des vidéoclips, à connaître les rouages des compagnies de disque, etc.

Et durant tout ce processus créatif, ils s’épanouissent tout en forgeant des relations de qualité avec d’autres jeunes et avec des adultes… en plus d’avoir de meilleures notes à l’école.

« Ici, j’ai des profs de langue qui m’ont dit que leurs élèves écrivaient mieux grâce à WORD. »

« Je me souviens d’un jeune du programme, à la fin des années 2000, qui était littéralement obsédé par le hip hop. Il avait un débit extraordinaire, un beau talent. Un jour, je déambule dans la foule au Festival international de jazz de Montréal et je le vois en train de chanter sur une scène! J’étais vraiment fière! », raconte Lynn Worrell. « Et ce n’est qu’une histoire parmi tant d’autres », ajoute Mickaella Goldsmith. « Ici, j’ai des profs de langue qui m’ont dit que leurs élèves écrivaient mieux grâce à W.O.R.D.. On a des anciens participants qui deviennent des mentors pour le programme estival, offert aux jeunes adultes du quartier. On a une ancienne participante qui a chanté à la Marche des femmes. Et, parfois, les effets de W.O.R.D. ne sont pas immédiatement visibles : on plante des graines et on ne sait jamais comment la plante va pousser par la suite… »

 

_ Février 2018 


 

Réseau réussite Montréal poursuit sa série d’articles illustrant différents projets de collaboration fructueuse entre le milieu scolaire et des partenaires de la communauté favorisant la réussite des jeunes.

C’est à François Couture, journaliste et photographe, que nous avons confié la mission d’aller à la rencontre des intervenants qui font vivre ces collaborations, afin qu’il en raconte les histoires les histoires, leurs histoires.